Quand la mode s'empare de la culture africaine
quand la mode s'empare de la culture africaine Des nattes plaquées au bantu knots, la coiffure africaine portée par Rihanna, Mel B ou Björk est réinjectée dans la mode et le luxe : mais où se situe la frontière entre emprunt et appropriation ? Ce n'est pas la première fois qu'on en entend parler : la mode se tourne du côté de l'Afrique pour coiffer ses mannequins. Valentino, pour sa dernière campagne, creuse ce sillon fertile avec le macaron torsadé, une coiffure portée d'habitude par les femmes de couleur. Aujourd'hui, l'écrivaine Amanda Moore-Karim a publié un article sur la campagne Valentino pré-automne/hiver 2016 et parle de ''bantu knots'' une coiffure originaire de l'Afrique de l'Ouest. ''Si l'on s'attarde sur l'origine de cette coiffure, écrit-elle, le bantu knots porte en lui une identité proprement associée à la culture noire.'' L'auteure note également que les mannequins des dernières campagnes à porter le bantu knots sont presque toutes à l'unanimité, blanches de peau.   Opérons un léger retour en arrière et attardons nous sur la campagne qu'avait réalisé Valentino pour la saison printemps/été 2016 et qui n'avait pas plu à tout le monde : la marque avait choisi de s'inspirer de la culture africaine pour sa collection présentée à la fashion week parisienne. Les mannequins portaient des nattes plaquées - et moins de 10 d'entre elles étaient noires. Dans son communiqué, la marque évoquait une collection ''comme un voyage primitif inspiré de la naissance de l'humanité". Mais Twitter avait un autre point de vue sur la question et de nombreux internautes n'ont pas tardé à dénoncer l'appropriation culturelle. Après une seconde tempête médiatique sur Twitter qui concordait avec la sortie d'une campagne publicitaire ( tournée dans un village Maasai au Kenya), les directeurs de création Maria Grazia Chiure et Pierpaolo Piccioli de la maison Valentino se sont expliqués à WWD. ''Notre respect pour la culture africaine, l'idée d'une beauté issue des milliers d'interactions entre les différentes cultures et la notion de tolérance vis-à-vis d'elles, voilà le message que nous souhaitions délivrer.'' Ce message est essentiel. Mais les interactions entre les différentes cultures réinjectées dans la mode ont toujours été délicates à manier et assumer - des pans entiers de la mode occidentale se sont construits (silencieusement) grâce à d'autres temps et d'autres cultures dans le monde. Alors si nous avons quelque chose à retenir de cet épisode, c'est bien d'apprendre à faire acte de tolérance : et si jamais il vous vient l'idée de vous habiller ou de vous coiffer en empruntant une esthétique à une autre culture que la votre, faites-le mais soyez au clair avec cette appropriation et intéressez-vous à l'autre. Et pour ce qui concerne la mode, il reste encore beaucoup à faire : caster des mannequins qui partagent cet héritage culturel auquel nous n'accordons que peu d'intérêt en dehors de sa beauté, par exemple.